Le rouble de Constantin : L'énigme de la monnaie d'un empereur inexistant
Le rouble frappé pour un empereur qui n'a formellement jamais régné est considéré comme l'une des plus grandes raretés numismatiques. Il s'agit du rouble de Constantin, dont l'histoire a commencé après la mort de l'empereur Alexandre Ier en 1825.

La crise de succession de 1825
Le rouble frappé pour un empereur qui n'a formellement jamais régné est considéré comme l'une des plus grandes raretés numismatiques. Il s'agit du rouble de Constantin, dont l'histoire a commencé après la mort de l'empereur Alexandre Ier en 1825.
Selon la loi, le trône devait revenir à son frère Constantin. Cependant, il y avait un secret : Constantin, qui se trouvait à Varsovie, avait déjà renoncé au trône en 1822. La raison en était son mariage morganatique avec la comtesse polonaise Joanna Grudzińska, et ce fait n'était connu que de quelques confidents.
La situation était si confuse que même le futur empereur Nicolas Ier, en apprenant la mort de son frère, prêta serment à Constantin, ignorant sa renonciation. Cette période est entrée dans l'histoire sous le nom d'« interrègne ».
La frappe secrète à la Monnaie
Dans une atmosphère d'incertitude, la Monnaie commença à préparer à la hâte la frappe d'une nouvelle pièce à l'effigie de Constantin. Selon une version, cette précipitation aurait été initiée par le ministre des Finances, Egor Frantsevitch Kankrin.
Par le passé, Kankrin avait eu des désaccords avec Constantin et, en faisant frapper une pièce à l'effigie du futur souverain, le ministre espérait gagner ses faveurs et éviter une éventuelle disgrâce. La création des coins fut confiée à un médailleur expérimenté, Jacob Reichel.
Au début de décembre 1825, les premiers exemplaires d'essai de la pièce furent frappés, destinés à marquer le début du nouveau règne.

Caractéristiques du rouble d'essai
| Paramètre | Valeur |
| Poids total | 20,73 g |
| Diamètre | 35,5 mm |
| Poids d'argent pur | 18 g |
| Année de frappe | 1825 |
Le rouble d'essai a été réalisé avec la plus haute qualité et possédait des paramètres précis, conformes aux normes de l'époque. Ces pièces étaient en argent et présentaient des gravures très détaillées.
Le design de la pièce était le suivant :
- Au revers : figurait le petit blason de l'Empire russe. Autour, se trouvait l'inscription sur la teneur en métal précieux : « ЧИСТАГО СЕРЕБРА 4 ЗОЛОТНИКА 21 ДОЛЯ ». En bas était indiquée la valeur nominale — « РУБЛЬ ».
Sur la tranche de la pièce, des informations sur le titre et le poids de l'objet étaient également inscrites.

De la frappe au secret d'État
Entre-temps, la renonciation de Constantin devint officiellement connue dans la capitale, et le serment au nouvel empereur, Nicolas Ier, fut annoncé. La période d'« interrègne » fut utilisée par les décabristes comme l'un des prétextes à l'insurrection.
Leurs slogans appelaient à l'accession au trône de Constantin, et non de son jeune frère Nicolas Pavlovitch. À la lumière de ces événements dramatiques, la pièce à l'effigie du grand-duc Constantin devint un artefact politiquement dangereux.
Il fut décidé de saisir immédiatement tous les exemplaires frappés et de les cacher. L'existence même du rouble de Constantin fut transformée en secret d'État afin d'éviter tout rappel de la récente crise du pouvoir.

La seconde naissance d'une monnaie rare
Le secret du rouble de Constantin fut gardé pendant des décennies. Ce n'est qu'avec l'accession au trône de l'empereur Alexandre II que les pièces d'essai, cachées dans les archives, furent découvertes et devinrent sa propriété.
- Il garda une pièce pour sa collection personnelle.
- Il en donna une au musée de l'Ermitage.
- Les trois autres pièces furent offertes à des membres de sa famille.
Ainsi, la pièce, dont l'existence était un secret, devint connue d'un cercle restreint de personnes. Aujourd'hui, le rouble de Constantin est l'une des pièces russes les plus rares et les plus chères, devenue partie intégrante d'événements historiques cruciaux dans l'histoire de l'État.
