Collectionner : statut, investissement ou maladie incurable ?
Collectionner est un sujet complexe et multifacette, qui touche à des aspects personnels de la vie et aux souvenirs. Ce n'est pas seulement l'aspect technique du commerce des antiquités, mais plutôt une polémique où les opinions divergent souvent. De quoi s'agit-il vraiment : une affirmation de statut, une passion irrépressible, une sorte de maladie ou simplement un passe-temps ? Il est probable que ce phénomène combine tous ces aspects.
Qu'est-ce que collectionner : passion, statut ou investissement ?
Collectionner est un sujet complexe et multifacette, qui touche à des aspects personnels de la vie et aux souvenirs. Ce n'est pas seulement l'aspect technique du commerce des antiquités, mais plutôt une polémique où les opinions divergent souvent. De quoi s'agit-il vraiment : une affirmation de statut, une passion irrépressible, une sorte de maladie ou simplement un passe-temps ? Il est probable que ce phénomène combine tous ces aspects.
Dernièrement, il est devenu à la mode de collectionner des objets pour affirmer son statut. Lorsque les gens disposent d'argent, ils commencent, en suivant la pyramide des besoins, à l'investir dans des passe-temps. Les personnes fortunées engagent souvent des marchands qui parcourent le monde à la recherche d'objets pour enrichir leur collection. Cependant, la question de savoir si une telle personne est un collectionneur au sens propre du terme reste entière.
Un vrai collectionneur ne se définit pas par l'exhaustivité et le coût de sa collection, mais par son état d'esprit. C'est une personne prête à donner son dernier sou pour obtenir la pièce convoitée. Cependant, aujourd'hui, la frontière entre collection et investissement s'estompe. Beaucoup, face au choix entre un objet rare pour leur collection et un investissement rentable, choisiront la seconde option, ce qui les éloigne de la véritable essence de l'acte de collectionner.
Les quatre piliers du véritable collectionneur
Le véritable art de collectionner repose sur plusieurs composantes clés. Celles-ci distinguent le collectionneur passionné du simple investisseur ou de la personne en quête de statut.
On peut identifier quatre éléments fondamentaux qui sont à la base de cette activité :
L'instinct du chasseur. C'est l'excitation, le processus de préparation, de traque et, enfin, le « tir » – le moment de l'acquisition de l'objet tant convoité. Pour le collectionneur, comme pour le chasseur, ce moment est le point culminant, la raison d'être de tout le processus.
La base de recherche. Un vrai collectionneur est un spécialiste dans son domaine. Il étudie la littérature, les catalogues et l'histoire des objets, possédant parfois des connaissances plus approfondies que les employés de musée. Autrefois, les bibliothèques servaient à cela ; aujourd'hui, c'est Internet qui offre des possibilités de recherche illimitées.
La mise en valeur de la collection. C'est un aspect important, bien que souvent négligé. Il y a une différence entre le stockage et la présentation d'une collection. Pour des raisons de sécurité, de nombreuses collections de valeur sont conservées dans des coffres-forts de banque ou des coffres, ce qui empêche leur juste exposition.
La possibilité de partager. Ce point n'est pas obligatoire et dépend du caractère de la personne. Certains collectionneurs sont des introvertis autosuffisants qui profitent de leur collection en solitaire. D'autres, plus extravertis, ressentent le besoin de se vanter et de partager leurs trésors avec des amis et des pairs.
Les quatre piliers du véritable collectionneur
La différence entre le chasseur et le collectionneur et l'esprit d'une époque
Bien que le collectionneur et le chasseur aient beaucoup en commun, il existe une différence fondamentale. Le chasseur a presque toujours la possibilité d'un second tir si le premier a échoué. Le collectionneur, lui, n'a souvent pas cette chance – un objet rare peut disparaître pour toujours. C'est là que résident le charme particulier et le drame de la collection.
Pour comprendre l'esprit du véritable collectionneur, il faut se tourner vers l'époque soviétique. Il existe un film documentaire de 1962 intitulé « Les Collectionneurs en URSS. De sérieuses excentricités ». Il transmet parfaitement l'atmosphère de la période de la « stagnation », où existaient de vrais collectionneurs animés par la passion plutôt que par le calcul commercial.
Le film présente diverses branches de la collection de cette époque – des étiquettes de boîtes d'allumettes et des petits calendriers à la phaléristique. C'est un film très touchant qui permet de s'immerger dans le monde de personnes pour qui collectionner était le sens de la vie.
La différence entre le chasseur et le collectionneur et l'esprit d'une époque
Les particularités du collectionneur allemand
Caractéristique
Description
Portrait du collectionneur
En règle générale, il s'agit d'un homme d'âge mûr (40-50 ans) aux revenus supérieurs à la moyenne, exerçant une profession intellectuelle.
Discipline financière
Le collectionneur allemand planifie clairement son budget pour son passe-temps (par exemple, 300-500 euros par mois) et ne le dépasse jamais.
Approche
Avant de commencer à collectionner, un Allemand étudiera le sujet à fond, achètera toute la littérature nécessaire et ne commencera ses achats qu'ensuite.
Présentation
Une grande attention est accordée au rangement et à la présentation : on achète d'abord des albums et des systèmes de rangement coûteux, qui sont ensuite progressivement remplis.
Les collectionneurs allemands ont leurs propres traits distinctifs, largement déterminés par le caractère national et le niveau de vie. Ayant vécu 25 ans en Allemagne, on peut se faire une idée précise de leur approche de ce passe-temps.
Tout d'abord, la richesse et le luxe des collections allemandes sont frappants. Cela s'explique par le niveau de vie élevé dans le pays : les gens disposent de fonds qu'ils peuvent investir dans leurs passe-temps. Cependant, tout le monde ne collectionne pas ici.
Une telle approche, pédante et calculatrice, diffère fortement du style de collection plus émotionnel et parfois chaotique, caractéristique des collectionneurs de l'espace post-soviétique. Un Allemand ne fera jamais un achat impulsif, sacrifiant quelque chose d'important pour une pièce rare.
Les particularités du collectionneur allemand
Spécialisation pointue et « omnivorisme »
Une autre caractéristique frappante des collectionneurs allemands est leur spécialisation pointue. Contrairement à beaucoup de leurs homologues russes qui s'intéressent à tout et n'importe quoi, les Allemands choisissent un domaine très spécifique et limité. On pourrait appeler cela la « haute école » de la collection.
Par exemple, un collectionneur peut se consacrer exclusivement à la porcelaine de la manufacture de Fürstenberg, tandis qu'un autre ne collectionnera que les timbres-poste du Schleswig-Holstein d'une période historique précise. Une telle concentration leur permet de devenir de véritables experts dans leur niche, capables de distinguer un faux au premier coup d'œil.
L'approche russe, quant à elle, est souvent qualifiée d'« omnivore ». Un collectionneur peut rassembler simultanément des pièces de monnaie, des insignes, des timbres, des peintures et bien d'autres choses. D'un côté, c'est un inconvénient, car il est impossible de devenir un spécialiste approfondi dans tous les domaines à la fois. D'un autre côté, une telle approche élargit considérablement les horizons.
Spécialisation pointue et « omnivorisme »
Tradition de la succession et modernité
En Allemagne, la tradition de la succession est très forte. Si un collectionneur a une affaire de famille, il préparera un successeur. Il en va de même pour les collections. Le collectionneur allemand préparera ses enfants pendant des années pour leur transmettre sa collection et ses connaissances.
Cependant, cette tradition ne résiste pas toujours à l'épreuve du temps. On connaît le cas d'un collectionneur de porcelaine de la ville de Höchst. Il possédait une immense collection qui occupait tout un appartement et a préparé son fils à lui succéder pendant 15 ans, lui enseignant toutes les subtilités.
Après la mort de son père, le fils, un manager prospère d'une grande entreprise, a décidé de vendre toute la collection. Il a expliqué qu'il n'avait ni le temps ni l'envie de s'en occuper et qu'il souhaitait utiliser l'argent pour acheter une maison en Espagne. La collection a été vendue pour une somme considérable, ce qui montre comment les priorités de la jeune génération évoluent.
Le collectionneur « maniaque » : histoire d'une véritable passion
Il existe aussi un autre type de collectionneurs, que l'on pourrait qualifier de « maniaques » dans le bon sens du terme. Ce sont des personnes animées d'une passion véritable et dévorante pour la collection, qui frôle parfois la maladie.
Un jour, sur un marché aux puces, j'ai rencontré un homme qui vendait une immense collection de figurines en porcelaine Goebel et Hummel ayant appartenu à sa défunte épouse. C'était une véritable collectionneuse : elle achetait secrètement des statuettes à l'insu de son mari et les cachait dans le grenier.
Après sa mort, son mari a découvert que tout le grenier était rempli de boîtes. Il lui a fallu deux week-ends pour descendre entre 2000 et 2500 figurines. L'homme considérait sa femme comme « folle », mais c'est précisément ce comportement qui est la manifestation d'une passion authentique et sans limites, celle qui anime le véritable collectionneur.