Le rouble de Constantin : histoire d'une monnaie pour un empereur inexistant - AUCBURG | AUCBURG
Le rouble de Constantin : histoire d'une monnaie pour un empereur inexistant
Parfois, des événements historiques sont intentionnellement passés sous silence, mais des décennies plus tard, des artefacts qui contredisent la version officielle sont découverts. L'un de ces témoignages est le légendaire rouble de Constantin, qui a été gardé secrètement pendant plus d'un demi-siècle après sa frappe.
Parfois, des événements historiques sont intentionnellement passés sous silence, mais des décennies plus tard, des artefacts qui contredisent la version officielle sont découverts. L'un de ces témoignages est le légendaire rouble de Constantin, qui a été gardé secrètement pendant plus d'un demi-siècle après sa frappe.
Sortie de l'oubli, cette pièce a jeté une lumière nouvelle sur les événements dramatiques de l'interrègne et de l'insurrection décembriste. Le rouble est l'une des pièces russes les plus rares et les plus chères, et son existence soulève de nombreuses questions.
Un portrait sur l'argent
Sur l'avers du rouble sont frappés un profil et l'inscription : « Constantin Ier Empereur et Autocrate de Toutes les Russies 1825 ». Le revers représente les armoiries de l'État, indique le titre et le poids, ainsi que la marque de l'atelier monétaire.
Le paradoxe réside dans le fait qu'il n'y a jamais eu d'empereur nommé Constantin dans l'histoire russe. Dans la première moitié du XIXe siècle, trois souverains se sont succédé sur le trône :
Paul Ier (assassiné par des conspirateurs)
Alexandre Ier (son fils aîné)
Nicolas Ier (le troisième fils de Paul Ier)
La question se pose : cette pièce était-elle une curiosité ou une erreur ? Si c'est le cas, pourquoi a-t-elle été considérée comme un secret d'État sous le règne de Nicolas Ier ?
Un portrait sur l'argent
La crise de succession
L'histoire du rouble de Constantin a commencé par une froide matinée du 27 novembre 1825. Ce jour-là, un courrier apporta à Saint-Pétersbourg la nouvelle de la mort soudaine de l'empereur Alexandre Ier à Taganrog. Comme Alexandre n'avait pas d'enfants, la couronne devait revenir au frère suivant par ordre d'âge, le tsarévitch Constantin.
L'ordre de succession au trône en Russie avait connu des changements. Pierre le Grand avait aboli l'ordre traditionnel, laissant au monarque le droit de nommer lui-même son successeur. Cependant, l'empereur Paul Ier, craignant les coups d'État, rétablit la loi d'avant Pierre : le trône était transmis au fils aîné, et en son absence, au parent le plus proche. Selon cette loi, tous les droits au trône après la mort d'Alexandre appartenaient à Constantin.
La crise de succession
L'abdication secrète du tsarévitch Constantin
Les frères Alexandre et Constantin, n'ayant qu'un an d'écart, furent élevés ensemble. Leur grand-mère, Catherine II, prévoyait de transmettre le trône de Russie à Alexandre, et préparait pour Constantin le trône de roi de Grèce, un pays qu'elle ne parvint cependant jamais à conquérir.
Du vivant même d'Alexandre Ier, le tsarévitch Constantin avait secrètement renoncé à ses prétentions à la couronne russe. Son divorce d'avec une princesse allemande et son mariage avec une noble polonaise privaient sa femme et ses enfants de tout droit au trône à l'avenir.
Constantin, guerrier intrépide et commandant en chef des troupes en Pologne, était convaincu que l'accession au pouvoir le mènerait à sa perte. Il craignait de subir le même sort que les empereurs assassinés :
Ivan Antonovitch (Ivan VI)
Pierre III
Paul Ier (son propre père)
Il gardait comme une relique un rouble d'or avec lequel Catherine II avait récompensé les assassins de son mari, ce qui lui rappelait constamment le danger.
L'abdication secrète du tsarévitch Constantin
L'interrègne et la naissance du rouble
L'abdication secrète de Constantin fut officialisée par Alexandre Ier sous la forme d'un manifeste. Cet acte d'État secret était conservé dans des enveloppes scellées en plusieurs lieux clés : dans l'autel de la cathédrale de la Dormition à Moscou, ainsi qu'au Conseil d'État, au Sénat et au Synode à Saint-Pétersbourg. Selon le manifeste, le frère cadet, Nicolas, était désigné comme héritier du trône.
Nicolas savait qu'il n'était pas apprécié de la garde pour sa rudesse et ses manières de soldat. En l'absence de Constantin dans la capitale, son accession au trône aurait pu être perçue comme une usurpation. C'est pourquoi Nicolas prit une mesure risquée : il fut le premier à prêter serment de fidélité à Constantin et fit prêter serment à la cour et à la garde.
À ce moment, l'atelier monétaire commença d'urgence les travaux de fabrication des roubles d'argent de Constantin. Au total, six pièces d'essai furent frappées. Les coins en acier utilisés pour la frappe sont encore conservés à l'Ermitage. Pour une courte période, et sans le vouloir, Constantin devint empereur de toutes les Russies.
L'interrègne et la naissance du rouble
L'insurrection décembriste et le sort des pièces
Même l'impératrice mère, dans une lettre, tenta de persuader Constantin de venir de Varsovie à Saint-Pétersbourg, s'adressant à lui en ces termes : « Mais vous êtes l'empereur ». Cependant, Constantin refusa, déclarant que son arrivée donnerait l'impression qu'il installait lui-même son frère sur le trône, et que Nicolas devait le faire seul. Finalement, Nicolas se résolut à exiger un nouveau serment.
Cette confusion autour de la succession servit de prétexte à l'insurrection. Sous le prétexte de défendre les droits de Constantin, les conspirateurs décembristes refusèrent de prêter serment à Nicolas. Les soldats qu'ils avaient ralliés se rendirent sur la place, réclamant « l'empereur légitime Constantin et sa femme, Constitution ».
L'objectif des révolutionnaires nobles était de s'emparer du Palais d'Hiver et de la forteresse Pierre-et-Paul, d'abolir l'autocratie et le servage. L'assassinat de Nicolas était même envisagé. L'insurrection fut brutalement réprimée, et Nicolas, par un décret spécial, déclara que le jour de son accession au trône était celui de la mort d'Alexandre, effaçant ainsi la période de l'interrègne de l'histoire.
L'insurrection décembriste et le sort des pièces
La seconde vie du rouble de Constantin
Après la répression de l'insurrection, ni l'empereur Constantin, ni le rouble de Constantin ne devaient plus exister. Les six pièces d'essai furent « arrêtées » et cachées dans les archives secrètes du ministère des Finances. Dans les cercles de la cour, seules de timides rumeurs circulaient à leur sujet, qui s'éteignirent bientôt.
Ce n'est qu'en 1878, par décret d'Alexandre II, que ces roubles furent officiellement déclassifiés et trouvèrent leurs premiers propriétaires. Aujourd'hui, seuls deux exemplaires authentiques sont conservés en Russie. Pendant ce temps, le nombre de contrefaçons ne fait qu'augmenter chaque année.
Aujourd'hui, le rouble de Constantin a entamé une seconde vie. C'est l'une des pièces russes les plus rares et les plus chères. De riches collectionneurs et les plus grands musées du monde cherchent à l'acquérir pour leur collection, ce qui confirme sa valeur historique et numismatique exceptionnelle.